Henri Matisse, le peintre coloriste de la sensation poétique

10 septembre 2009 par Paul  
Dans CULTURE, DOSSIERS, REPORTAGES

Pourquoi Matisse vient à Tanger ? Parce que les voyages au Maroc « m’aidèrent à reprendre contact avec la nature mieux que ne le permettait l’application d’une théorie vivante mais quelque peu limitée comme l’était le « Fauvisme » . Il traverse alors une crise majeure, dont il va ressortir plus fort en parvenant à mieux maîtriser ses émotions pour les utiliser dans sa peinture. C’est à Tanger qu’il va éprouver pour la première fois ce qu’il appelle «l’indicible douceur du « quand ça vient tout seul».

henri-et-amelie-matisseLe peintre français a effectué deux séjours au Maroc, entre 1912 et 1913. C’est là qu’il réalisa quelques-uns de ses plus extraordinaires chefs-d’oeuvre

Au printemps 1912, après un séjour à Moscou, Matisse s’installe à Tanger, carrefour entre l’Europe, l’Afrique et le Monde arabe, sur les conseils de ses amis Marquet, Camoin, et ceux de Gertrude Stein. Placé sous Protectorat Franco-Espagnol, le Maroc est à cette époque au goût du jour dans une France qui se passionne pour l’orientalisme, que Matisse nomme « l’orientalité ».

Quand Matisse se rend au Maroc, ce n’est pas pour faire du tourisme.

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Folklore, exotisme, us et coutumes locales, il s’en bat l’oeil. «Le Maroc de Matisse», se trouve à portée de la main, celle qui tient le pinceau. A Tanger, il y débarque à deux reprises. Une première fois en 1912, de janvier à avril. La seconde, l’année suivante, de novembre à février. Il a 44 ans. Pour peindre, bien sûr. Mais pourquoi là ? Parce que les voyages au Maroc « m’aidèrent à reprendre contact avec la nature mieux que ne le permettait l’application d’une théorie vivante mais quelque peu limitée comme l’était le « Fauvisme » .

C’est un Matisse déprimé qui débarque à Tanger le 29 janvier 1912. Il vient de perdre son père, le chagrin le hante. Le collectionneur russe Andreï Chtchoukine vient de lui refuser «la Danse» et «la Musique», deux panneaux destinés à la décoration de sa demeure moscovite. Et il pleut. Il pleut sans répit pendant près de quinze jours. Matisse, qui loge à l’hôtel Villa de France, chambre 35, est condamné à l’inactivité. «  Qu’allons-nous devenir? […] Impossible de sortir de notre chambre», écrit-il alors à Gertrude Stein.

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Son ami Marquet, qui a déjà effectué deux séjours au Maroc, l’a convaincu de prendre le chemin de Tanger, cette ville «où l’Atlantique et la Méditerranée se rencontrent». Matisse se laisse convaincre d’autant plus facilement qu’il est en proie au doute. A cette époque, il ne cesse de douter de lui-même et a besoin de se mettre à l’écart, loin de Paris. Il attend de la civilisation arabe une leçon de vie, une sérénité, l’art de dire beaucoup en peu de mots. Le voyage que Matisse effectue au Maroc est, avant tout, un voyage intérieur. Il traverse alors une crise majeure, dont il va ressortir plus fort en parvenant à mieux maîtriser ses émotions pour les utiliser dans sa peinture. L’incendie fauve (1905-1907) s’est éteint. Il veut aller vers autre chose, donner à sa peinture un nouvel élan, une nouvelle dimension. Prenant ses distances avec le fauvisme, qui lui a apporté la notoriété, Henri Matisse cherche à découvrir le secret de son art.Tanger est « le lieu et la formule » dont il a besoin à ce moment-là. Matisse prend conscience de la nouveauté radicale de sa peinture au contact de l’art islamique, comme il l’écrit alors : « Cet art suggère un espace plus grand, un véritable espace plastique ». De sa chambre-atelier dominant la baie de Tanger, Matisse peint des natures mortes, des paysages, des figures, cherchant à concilier la leçon de Cézanne avec les grandes traditions de l’art oriental. Le soleil enfin revenu, Matisse part travailler sur le motif. Contrairement à Marquet, il ne s’éloigne pas de la ville, où il s’immerge dans la quiétude des jardins. La luxuriance de la végétation le fascine: palmiers, arums, iris et capucines dessinent sous ses yeux un univers enchanteur. Mais Matisse n’est pas venu au Maroc pour se livrer à des exercices orientalistes, pas plus qu’il n’entend suivre les traces de Delacroix. Sa réflexion porte sur la manière de «construire un art décoratif qui […] produise au sein même de la peinture de chevalet un bouleversement des données du regard qui se porte sur elle». Ce bouleversement, Matisse va le provoquer lors d’un second séjour à Tanger, entre octobre 1912 et février 1913. Cette fois, il va éprouver pour la première fois ce qu’il appelle «l’indicible douceur du « quand ça vient tout seul”». En l’espace de quatre mois, il peint entre autres «Sur la terrasse», «Porte de la Casbah», «la Mulâtresse Fatmah» (ces trois œuvres formant le Tryptique marocain), «le Rifain assis» et «Zorah debout». Au Maroc, Matisse s’intéresse à ce qu’il a déjà découvert à Munich quand il a visité une grosse exposition consacrée à l’art musulman. Les arts décoratifs étant considérés comme mineurs, ils ont eu tout loisir de développer une fertile complexité. Cette fécondité, le peintre veut l’utiliser à son profit tant elle lui ouvre de possibilités et formelles et chromatiques. D’où son obstination à répéter les motifs de tapis et tentures. Mais décliner des variations, fussent-elles innombrables et inattendues, sur un motif ne lui suffit pas. Encore faut-il parvenir à y introduire la figure. Et là, tout se complique. Portraits de Marocains ou odalisques ont beau être vêtus de couleurs chatoyantes et, fauvisme oblige, résolument invraisemblables, ils persistent à signaler leur présence.

Matisse à la « Villa de France », chambre 35

15 avril 2009 par admin  
Dans CULTURE, Lieux

Villa de France en rénovation par les propriétaires du Minzah

Villa de France en rénovation par les propriétaires du Minzah

 


Du haut de la Casbah, on peut traverser la Médina et descendre vers le Petit et le Grand Socco, le coeur battant de la ville, en parcourant les lieux visités par Matisse. Le peintre a fait deux séjours, un premier, bref, en janvier 1912 ; un second, plus long, d’octobre de la même année à février 1913. C’est après ce pas- sage qu’il peint Le Café marocain, une de ses oeuvres majeures, où il se tourne vers l’abstraction.
Le Marabout, rue Ibn Abbou, ou La Porte de la Casbah, sol rouge sur fond bleu, ont conservé leurs modèles et perspectives d’origine. De ses balades à travers la ville, le peintre a aussi tiré une soixantaine de dessins et croquis. Un itinéraire sur les traces de Matisse à Tanger peut être suivi par les visiteurs.