L’écrivain Farid Bahri, tangérois de naissance, sera à la librairie les insolites de Tanger le 27 octobre à 19h pour présenter son livre « L’Empire à l’agonie ; le Maroc au gré de l’Europe (1830-1912) » et parler de son travail avec Stéphanie Gaou.
En 1830 les Français débarquent dans la Régence d’Alger. Si la conquête en soi ne concerne que le territoire de l’actuelle Algérie, le choc colonial, tel un séisme, touche le Maghreb dans son entièreté. La frontière entre le Maroc et la Régence d’Alger n’est que théorique. De part et d’autre, les tribus vivent à cheval entre les deux pays. L’arrivée des Français va chambarder des habitudes centenaires. Face à ce danger exogène, mécaniquement comme un réflexe pavlovien, le jihad s’enclenche dans l’Empire chérifien. Makhzen comme tribus dissidentes vont aller faire le coup de feu en Algérie. Cette rébellion, de surcroît fomentée et organisée par un Etat, est loin de plaire à Paris. En un peu plus d’une décennie, les conditions se détériorent. Ainsi en 1844, sous le commandement du général Bugeaud, l’armée chérifienne est défaite à Isly. C’est une première pour le Maroc depuis la bataille des Trois rois. Le pays ne s’en remettra plus. Seize ans plus tard, un scénario identique se répète. Cette fois-ci contre l’Espagne. Le Maroc est de nouveau défait à Tétouan. A un tel point que certains voient dans Moulay Mohammed ben Abderrahmane, un sultan portant la poisse. Ainsi deux déconfitures militaires en deux décennies sonnent le glas de tout espoir sociétal. Désormais l’Empire chérifien se doit de rembourser les dettes abyssales contractées. Les redevances sont une porte béante par laquelle l’Europe, portée par le capitalisme débridé, pénètre progressivement. Le Makhzen passe dorénavant en mode défensif. Les Sultans successifs, de Moulay Abderrahmane à Moulay Hassan en passant par Moulay Mohammed vont tenter de retarder la pénétration européenne en jouant des tensions entre Puissances occidentales, en essayant de moderniser à toute biture un pays aux structures moyenâgeuses. Mais les dés étaient jetés et l’Europe, tel des loups devant une bergerie, attendait le moment opportun pour festoyer.
L’Empire à l’agonie ; le Maroc au gré de l’Europe (1830-1912), Afrique Orient, Casablanca, 2026
Signalons également que Farid Bahri a publié récemment un essai chez Virgule éditions, maison d’édition à Tanger intitulé « Abdelkhalek Torrès, le zaïm du Maroc espagnol » qui est sorti cette année pour le salon du livre à Rabat.
Les Torrès font partie des grandes familles de Tétouan. Comme la plupart de celles-ci, ils sont originaires d’Al-Andalus, lorsque le Sud de l’Espagne appartenait aux musulmans. Cette affinité à la terre des ancêtres, on la retrouvera à chaque instant dans l’héroïque vie d’Abdelkhalek.
Son enfance et son adolescence. C’est sous les auspices de la guerre du Rif qu’Abdelkhalek prend conscience des choses du monde. Son héros est Ben Abdelkrim. Il suit comme il peut au plus près les événements dans les montagnes. Pour l’accompagner dans cette quête, un des plus fins alims de Tétouan. L’historien Mohammed Daoud. C’est dans son école qu’il aiguise son savoir et son futur savoir-faire. A partir de ce moment, Abdelkhalek commence le parcours de l’arabisant classique. De l’université d’al-Qarawiyine à Fès vers Al-Azhar du Caire, Abdelkhalek affûte à la fois la langue et la pensée arabe et islamique. Cependant, Torrès est homme à chercher l’achèvement. Comment lutter contre l’ennemi colonial si on ne le comprend pas de l’intérieur. Ainsi après l’Egypte, c’est Paris, et la Sorbonne, âme vivante de la pensée française et foyer des nationalistes de tout le Maghreb sous domination française.
Torrès comprend très vite qu’un combat indépendantiste, c’est sur le terrain qu’on le mène. Il rentre au bercail. Cette fois-ci, c’est un vieux zaïm qui le prend sous son aile. El Hajj Abdeslam Bennouna. Torrès est désormais plus que prêt pour porter haut et fort la voix du nationalisme marocain à travers son parti politique, le PNR hizb al-islah al-watani. Il peut désormais voler de ses propres ailes. Le combat de sa vie va commencer en infatigable zaïm jusqu’à sa mort soudaine et inattendue. Ce livre tente de redonner toute sa place à un leader nationaliste marocain, surtout chez les jeunes qui souvent ignorent l’épique combat de leurs ancêtres pour l’indépendance de leur pays.
A propos de Farid Bahri
Farid Bahri, historien Belgo-marocain, est Tangérois de naissance. Il a fait ses études secondaires au Lycée Regnault. Ses écrits portent notamment sur les dynamiques sociales, politiques et historiques entre le Nord et le Sud, surtout à l’époque coloniale. Il écrit notamment sur le Maroc, le monde arabe et la Belgique. Il est titulaire d’un DEA d’études anglophones et docteur empêché en littérature contemporaine américaine à l’Université de Tours (France). Il possède également un Master en Histoire contemporaine obtenu à l’Université Libre de Bruxelles.
