HISTOIRE

Tanger, l’incroyable histoire de Noé à M6

Tanger gardera à jamais les traces de cette incroyable histoire avec pour héritage cette ambiance cosmopolite si particulière, énigmatique et envoûtante d’où le charme de son mystère enchanteur. Tanger continuera encore pour longtemps à occuper une situation géographique unique : point de passage et de rencontre entre l’océan Atlantique et la Méditerranée, entre le Nord et le Sud, entre Occident et Orient, entre l’Europe et l’Afrique. En aucun autre point du globe, on n’observe à la fois autant de proximité et de distance.

 

 

 

Tanger (en arabe Tanja), ville du nord du Maroc, porte d’entrée du continent africain, face à la pointe de l’Europe, se trouve au croisement de l’Océan Atlantique et de la Mer Méditerranée, dans une baie, entre le Cap Spartel et le Cap Malabata. Cette position exceptionnelle, et stratégique, a fait pendant longtemps de Tanger un lieu de convoitise où se sont succédé plusieurs civilisations et cultures ; Conquise, reprise, libérée, Tanger a su mélanger ses différentes influences pour accroître son potentiel culturel. Point de jonction d’autant de destinations, Tanger était forcément prédestinée à être marquée par les vents de l’Histoire et à cet égard, on peut dire que le passage des Phéniciens, Carthaginois, Berbères, Portugais et Espagnols allait laisser des traces indélébiles avant la prise en mains de la cité par les Marocains.

Tanger est aussi le lieu d’origine des légendes et des mythes perpétués à travers les siècles. Depuis Noé jusqu’à Hercule et Ulysse en passant par Moïse.

Et Noé découvrit Tanger

On dit que Tanger serait la première terre découverte par Noé après le déluge. À la vue des traces d’argile sur le bec de la colombe envoyée en éclaireur, il se serait écrié « Tine ja » soit « la terre est venue’’ d’où le nom de Tinja, devenue Tanja en arabe.

Si l’on se fie à la mythologie grecque, la ville de Tanger aurait été fondée par le Géant Antée, fils de Poséidon et de Gaia et devrait son nom à TINGO (ou TINGA !), femme du fondateur. Antée trouvait sa force au contact de la terre, Hercule l’étouffa en le maintenant en l’air. Le tombeau d’Antée serait une colline proche de Tanger, le CHARF.

TANGER, Tandja en arabe, tout au nord de l’Afrique, face à la pointe de l’Europe, se trouve au croisement de l’Océan Atlantique et de la Mer Méditerranée, dans une baie, entre le Cap Spartel et le Cap Malabata.

Cette position exceptionnelle, et stratégique, a fait pendant longtemps de TANGER un lieu de convoitise où se sont succédées plusieurs civilisations et cultures.

Après une présence Phénicienne, dont il subsiste 2 petites nécropoles, la ville fut réellement fondée au IV ème siècle avant J.C., par les Carthaginois qui en firent un comptoir (Tingi). En 146 avant J.C., à la chute de Carthage, la ville est rattachée à la grande zone de la Maurétanie (tout le nord de l’afrique) et devient une colonie romaine (Tingis) liée à la province d’Espagne. Tanger prend une telle importance, qu’elle devient, vers le 3ème siècle après J.C., la capitale de la Maurétanie Tingitane. Au 5ème siècle, Tanger est occupée par les Vandales. Libérée sous le règne de Justinien, au début du 6ème siècle, elle est rattachée à l’empire byzantin. Le général omeyyade Moussa Ibn Noussaïr s’intéresse à Tanger pour sa position stratégique et c’est de là qu’en 711, commencera la conquête de l’Espagne par les troupes de Tarik Ibn Ziad, à qui Gibraltar, entre autres, doit son nom (Djebel Tarik la montagne de Tarik). Pendant les 5 siècles qui suivent, les dynasties du Maroc, les Arabes d’Égypte, de Tunisie et d’Espagne se disputent la souveraineté de Tanger. Les Idrissides, maîtres de Volubilis, les Omeyyades d’Espagne, s’affrontent à son sujet pendant plus d’un siècle. Au milieu du 10ème siècle, les Fatimides de Tunisie y étendent leur autorité. En 1075, les Almoravides en deviennent maîtres jusqu’en 1149 date à laquelle la ville passe aux Almohades. Elle s’inféode aux Hafsides de Tunis avant de devenir Mérinide en 1274.

Les Portugais arrivent…

Après 3 tentatives et 3 échecs, les portugais s’en emparent en 1471 et l’occupent pendant un siècle après lequel les Espagnols s’en emparent, pour la perdre aussitôt au profit du Portugal, avant d’être cédée à l’Angleterre en 1661 comme dot apportée par Catherine de Bragance à son époux Charles Il. Dès 1679 Moulay Ismail (Empire Chérifien Alaouites) entreprend le siège de Tanger qui lui est abandonnée en 1684, sur décision de Charles II estimant son occupation par les troupes anglaises inutile et beaucoup trop coûteuse.

A la suite de l’aide apportée par le Sultan Abderrahman à l’Émir algérien Abd El Kader, les Français lancent sur Tanger un raid de représailles dirigé par le Prince de Joinville qui bombarde la ville en 1844 et démantèlent les fortifications.

Les rivalités européennes pour le contrôle de la ville, porte entrouverte sur le Maroc, démarrent en cette fin de XIXe siècle. La France, l’Espagne, l’Angleterre, l’Allemagne multiplient les missions diplomatiques et commerciales pour placer leurs pions mettant la ville au centre des rivalités internationales. En 1880, la convention de Madrid tente de définir les relations entre les grandes puissances au sujet du Maroc. Poussé par le Chancelier BULOW qui entend rappeler de façon, sensationnelle, que l’Allemagne ne se laissera pas mettre à l’écart et que la France ne peut modifier l’état politique du Maroc sans l’autorisation d’une nouvelle Conférence internationale, Guillaume Il débarque le 31 mars 1905 du Hohenzollern à Tanger pour quelques heures et dénonce, après un entretien avec l’oncle du sultan, les visées françaises et espagnoles sur le Maroc, ce qui provoque une crise diplomatique. En 1906, la conférence d’Algésiras redéfinit les positions de chacun en Afrique reconnaissant l’indépendance du sultan et affirmant l’égalité des signataires dans le domaine économique. En 1923 les négociations aboutirent à en faire une zone internationale. Le 24 juillet 1925, le statut définitif de Tanger est signé par l’Angleterre, l’Espagne, la Belgique, la Hollande, les États-unis, le Portugal, l’Union Soviétique et la France, auxquels se joindra l’Italie un peu plus tard.

La ville possède désormais son autonomie financière. On la dote d’une administration internationale, en particulier d’une assemblée législative, composée de trente fonctionnaires internationaux désignés par leurs consuls respectifs et de neuf Marocains.

Les Espagnols s’installent à Tanger

En juin 1940, après la défaite française, les troupes nationalistes Espagnoles occupent Tanger et permettent, en mars 1941, l’installation du consulat allemand à la Mendoubia (résidence du Mendoub) où flotte le drapeau nazi. En mars 1944, l’Espagne fait partir le consulat allemand de la Mendoubia avant de retirer, le 9 octobre 1945, ses troupes de Tanger qui retrouvera son statut international.

Le 10 avril 1947, le Sultan Mohamed V, accompagné du Prince Héritier Moulay Hassan, prononce à Tanger le premier discours qui fait référence à un Maroc unifié et indépendant rattaché à la nation arabe.

En 1956, avec l’indépendance du Maroc, la conférence de Fedala (8 au 29 octobre) rend Tanger au Maroc. Une charte royale maintient la liberté de change et de commerce jusqu’en 1960, année où le gouvernement marocain abolit les avantages fiscaux et Tanger se retrouve avec un statut identique à celui des autres villes du royaume. Afin d’éviter une fuite importante des capitaux, Le port de Tanger est doté d’une zone franche.

Redevenue marocaine, Tanger gardera à jamais les traces de cette incroyable histoire avec pour héritage cette ambiance cosmopolite si particulière, énigmatique et envoûtante d’ où le charme de son mystère enchanteur.

Ville charnière entre deux mers, entre deux mondes, Tanger continue d’exercer une certaine fascination empreinte de nostalgie. La « beat generation » y accosta. S’y reput des effluves euphoriques du kif. Paul Bowles, tangérois d’adoption pendant des années, l’appelait «cité de rêve», Tahar Ben Jelloun, «musée de la paresse». Matisse aimait les couleurs de la médina, qu’il observait de la chambre 35, de l’hôtel Villa de France actuellement en rénovation. Javier Campano, Jellel Gasteli, Irina Ionesco, Philippe Lafond, Bernard Plossu sont parmi les huit photographes qui ont porté un regard, en noir et blanc ou en couleurs, sur celle qui fut «capitale» diplomatique du Maroc.

Mohammed VI monte sur le trône

En succédant à son père Hassan II en juillet 1999, Mohammed VI a redonné à Tanger la place stratégique que cette ville phare exerce et exercera dans le Maroc du XXI siècle.

La nuit tombe sur la baie de Tanger, vue de l’hôtel Mövenpick

Tanger continuera encore pour longtemps à occuper une situation géographique unique : point de passage et de rencontre entre l’océan Atlantique et la Méditerranée, entre le Nord et le Sud, entre Occident et Orient, entre l’Europe et l’Afrique. En aucun autre point du globe, on n’observe à la fois autant de proximité et autant de distance.

TGW

La « Beat Generation » ou la fureur de vivre

Dès les années 50, c’est peut-être la première fois dans l’histoire de l’humanité que la jeunesse prend, non pas le pouvoir, mais les rênes de son destin. Ce n’est pas étonnant si ces jeunes américains se reconnaissent dans des acteurs comme James Dean et sans doute Brando…

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Le terme de « Beat Generation » fut employé pour la première fois en 1948 par Jack Kerouac pour décrire son cercle d’amis au romancier John Cletton Holmes, qui publiera plus tard le premier roman sur la Beat Generation, intitulé « Go », en 1952, en même temps qu’un manifeste dans le New York Times: « This is the Beat generation ». L’adjectif « Beat » proposé par Herbert Hunckle avait initialement le sens de « fatigué » ou « cassé » venant de l’argot, mais Kerouac y ajouta la connotation paradoxale de « upbeat et beatific », il se moquera souvent de l’appellation donnée au mouvement (cf. « I’m a catholic, not a beatnik »)… Le mot beat désignait depuis le XIXe siècle un vagabond du rail voyageant clandestinement à bord des wagons de marchandises. Peu à peu ce mot a pris le sens que lui ont donné les jazzmen noirs. Le « beat » au sens de « pulsation » est aussi le « rythme » en musique (jazz). Kerouac y vit le style propre de toute une génération, il travaille le mot de façon à en faire ressortir d’autres significations, telles que « béat », « béatitude ».

Les membres « canoniques » de la « Beat Generation » se rencontrèrent à New York : Jack Kerouac, Allen Ginsberg, William Burroughs dans les années 1940. Les œuvres majeures de ces auteurs fondateurs sont « Sur la route » de Kerouac, « Howl » de Ginsberg et « Le Festin nu » de Burroughs. À la parution de « Sur la route » en 1957 les excellentes critiques du New York Times en firent un best-seller instantané. Cet évènement entraîna la vague d’intérêt pour le mouvement «Beat » qui mit en lumière tous ses membres. Autour de ce noyau dur d’artistes gravitèrent des personnalités au parcours moins connu mais à l’apport tout aussi important : Lucien Carr (qui présenta Burroughs à Kerouac et Ginsberg), Herbert Huncke (un petit truand toxicomane qui rencontra Burroughs en 1946), Hal Chase (un anthropologue de Denver qui présenta Neal Cassady au groupe en 1947). Cassady devint très proche de Kerouac et fut immortalisé dans le roman Sur la route sous les traits du personnage Dean Moriarty, un voyou antisocial sans le sou, avide de vie et d’expériences. D’autres figures féminines ont joué un rôle prépondérant dans le mouvement Beat : Joyce Johnson, Edie Parker, Joan Vollmer…

Passionnés de jazz ces écrivains se reconnurent dans le « Bird » Charlie Parker, génie du « be-bop », qui dans ses improvisations infatigables trouvait des accents à couper le souffle. Ils voulurent que l’écriture soit de la même veine, une grande improvisation. Qualifier ce cercle d’aspirants écrivains, artistes, arnaqueurs et toxicomanes en tout genre de « Génération » fut une façon de revendiquer leur importance, leur représentativité, et surtout le début d’un nouveau mouvement. Ces jeunes gens qui n’avaient rien à revendiquer sinon à vivre en totalité, ont été pourtant à la source de la rupture de la jeunesse américaine avec tout le passé puritain, conformiste de leurs géniteurs.

C’est peut-être la première fois dans l’histoire de l’humanité que la jeunesse prend, non pas le pouvoir, mais les rênes de son destin. Ce n’est pas étonnant si ces jeunes américains se reconnaissent dans des acteurs comme James Dean et sans doute Brando.
Dans la « Fureur de vivre » d’Elia Kazan, James Dean se heurte à l’incompréhension du père, révolte qui va enflammer les Etats-Unis.

C’était le genre de bravade qui aurait pu n’être qu’illusions de grandeur, mais l’histoire montre que la « Beat Generation » se permit d’être un véritable mouvement littéraire, social et culturel dans les années 1950 et 1960. Les membres de la « Beat Generation » furent des nouveaux bohémiens qui s’engagèrent dans une créativité vigoureuse et libertaire . Les écrivains « Beat » produisirent un corpus d’œuvres dominées par la spontanéité, un quasi-automatisme dans l’écriture, pour provoquer une prosodie libre et rythmée inspirée du jazz de Parker.

La révolte de la « Beat Generation » ne se réduisait pas à une simple destruction des valeurs traditionnelles. Elle représentait un mode de vie. Du rejet de la société a procédé une nouvelle éthique, une nouvelle mystique, un nouvel enthousiasme. La rébellion « Beat » contre l’American Way of Life et contre les «squares» est essentiellement une révolte individualiste contre le collectivisme et le matérialisme. Les « squares » rigides et conformistes sont les suffisants, les rasants, ceux qui sont toujours occupés, qui ne se relaxent jamais et ne profitent pas de la vie. Jack Kerouac précisait : « Les seuls gens vrais pour moi sont les fous, ceux qui sont fous d’envie de vivre, fous d’envie de parler, d’être sauvés, fous de désir pour tout à la fois, ceux qui ne baillent jamais et qui ne disent jamais de banalités, mais qui brûlent, brûlent, comme des feux d’artifice extraordinaires qui explosent comme des araignées dans les étoiles, et en leur centre on peut voir la lueur bleue qui éclate et tout le monde fait « Waou! » »

Prônant l’appel à la liberté et à la révolte, à la transgression des règles, des conventions, plusieurs des membres de la nébuleuse « Beat » ont eu maille à partir avec la justice américaine, poursuivis pour atteinte aux bonnes moeurs et obscénité. Les auteurs de la « Beat Generation » furent aussi des amis, hantés par la route et le souci de prendre le large, qui voyagèrent beaucoup ensemble, à travers les Etats-Unis ou en Europe ou au Maroc, notamment à Tanger. La révolte prit chez eux le chemin de l’égarement géographique, de l’errance mais aussi de la révolution syntaxique, morale, mystique, sexuelle. Ils écrivirent des textes en commun, partagèrent des extases pas toujours naturelles, et adressèrent un splendide pied de nez à la société de consommation américaine. Leur refuge était la littérature, celle de leurs livres, celle qu’ils lisaient. Désireux de faire de nouvelles expériences, de dépasser toutes limites, ils ont constitué des œuvres caractérisées par le swing, le rythme, et réunies ici dans leur effet de complicité.

A travers les époques, Tanger a accueilli des personnalités de la scène artistique et intellectuelle internationale pour des séjours plus ou moins longs… le temps de se faire inspirer par cette ville historique à caractère unique.

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La ville attirait autant les sommités mondaines que les générations d’écrivains et d’artistes de la contestation. Les écrivains de la « Beat Generation » qui sont arrivés dans le sillage de Paul Bowles, ne s’intéressaient guère à la culture et à la population locales qu’en tant que curiosités exotiques et ne les fréquentaient que pour la drogue et le sexe.

Tandis que l’importance de Tanger pour plusieurs figures de la « Beat Generation » a toujours été reconnue, la nature du rôle de la ville n’a pas été tout à fait comprise et énoncée. Paul Bowles, qui avait choisi d’y demeurer juste après la fin de la Seconde Guerre mondiale, y avait involontairement attiré un certain nombre de ces figures, même si sa vision esthétique contraste fortement avec celle de la plupart d’entre elles. A Tanger, William S. Burroughs (avec l’aide d’Allen Ginsberg) a assemblé son chef-d’œuvre Le Festin nu. Brion Gysin, Gregory Corso, Jack Kerouac et d’autres associés aux « Beats » ont séjourné maintes fois dans cette ville.

Bien qu’ayant « parrainé » les auteurs de la « Beat Generation », Bowles n’en fit jamais partie.

Au temps où il y avait des paquebots, les Américains faisaient volontiers la traversée.

Fuyant l’American Way of life, les « clochards célestes » de la « Beat Generation » ont fait de Tanger leur port d’attache. Ils ont vécu conformément à leurs désirs dans ce lieu hors du temps où dominaient le mystère et la drogue. Il y ont trouvé tous les ingrédients pour alimenter leurs fantasmes et guérir leur spleen. Sous prétexte d’aller chercher ses droits d’auteur à Londres, Kerouac flâne à travers l’Europe. Il découvre les charmes troubles de Tanger.

Dans son exil volontaire, Burroughs languissait loin d’Allen Ginsberg. Les deux hommes étaient liés par une amitié particulière, faite de ruptures orageuses et de rabibochages tonitruants. Lorsque le poète daigna enfin mettre les pieds à Tanger, Burroughs reprit goût à la vie. Sa joie était ineffable quand un autre vagabond céleste, Jack Kerouac, vint les rejoindre. Voilà les chefs de file de la « Beat Generation » amarrés, pour un certain temps, à la ville du détroit, qu’ils faisaient résonner de leurs frasques, excès, disputes et réconciliations.

La « Beat Generation » tenta de réveiller le corps et l’esprit: voyager sous tous les cieux, boire, se droguer, appeler Dieu ou le rejeter, abolir toutes les conventions, toutes les traditions, partir seul ou à plusieurs, rêver sa solitude, vivre son enthousiasme aussi bien que sa dépression, brûler sa vie jusqu’à se détruire. La quête de l’excessif, de l’extraordinaire, du surnaturel, du rapide, du poétique, passait aussi par les dopants. Tout était bon pour gagner le septième ciel.

Le voyage de la « Beat Generation » est en fait un voyage intérieur. Malgré leurs vagabondages, la recherche des plaisirs sexuels, des penchants pour les paradis artificiels, c’est une quête mystique, à la lisière de la folie, qui poussa les beat à tout expérimenter, à tout vivre. Ils ne proclamaient pas vouloir changer le monde, leur provocation était dans leur manière d’être, dans leurs comportements. La rage de vivre de ces nomades invétérés s’incarnait dans leur art de vivre.

Pour certains écrivains, Tanger était paradisiaque, pour d’autres infernale.
Alcool, sexe, kif et maâjoun, voilà à quoi carburaient les allumés de l’ailleurs.
Leurs après-midi se passaient en baignades, beuveries et dragues. La nuit, ils fumaient du kif, se soûlaient, et surtout consommaient du maâjoun, ce mélange de miel, d’épices et de kif, dont ils étaient friands, au point d’en exalter les vertus. Paul Bowles, Ira Cohen et John Hopkins ont rivalisé de lyrisme pour en décrire les effets «heureux». Bref, à Tanger, les allumés de l’ailleurs vivaient dans une insouciance fabuleuse, ainsi dépeinte par Truman Capote, dans « Les chiens aboient » : «Des plages magnifiques; des étendues vraiment peu ordinaires de sable doux comme du sucre en poudre, et de brisants. Et – si vous avez du goût pour ce genre de choses – la vie nocturne, bien que ni particulièrement innocente ni spécialement variée, dure du crépuscule à l’aube. Ce qui, lorsqu’on réfléchit que la plupart des gens font la sieste tout l’après-midi, et que très peu d’entre eux dînent avant dix ou onze heures du soir, n’est pas trop anormal».

Puis ces « allumés de l’ailleurs » quittèrent la cité du détroit. Dans leur sillage, la vague hippie déferla sur Tanger. Ceci est une autre histoire. On est tenté, aujourd’hui, de placer tout et n’importe quoi sous l’étoile des « Beats ». Il convient donc de retisser la toile des ramifications humaines qui ont composé la voie lactée des Clochards célestes.

La « Beat Generation » fut à l’origine de la vague protestataire qui atteindra son apogée en 1968 lors du rassemblement de Woodstock, et elle posa les bases de la culture moderne des années 1970. Les « Beats » n’avaient pas attendu Mai 68 pour appliquer le saint principe du « peace and love ». Il semble cependant que les jeunes, nés après 1960, aient éte plus pragmatiques, donc plus traditionnel. On pourrait définir la « Beat Generation » comme une constellation de la révolte. Son éternelle jeunesse fascine à la façon d’un James Dean. La « Beat Generation » a gagné son pari sur le plan littéraire. « Nous serons de grands écrivains », s’étaient-ils promis. D’où une écriture libre, spontanée, sans aucune correction, par souci de coller à la vie sous tous ses aspects, à l’expérience, à l’émotion. Sur ce plan donc, réussite complète, la leçon est donnée. Mais sur le plan humain ? On constate que ceux qui ne sont pas morts par abus des drogues et de l’alcool, se sont fixés dans les années qui suivirent. La « beat convivialité » devait détruire la famille, mais Kerouac revenait toujours chercher asile auprès de sa mère bien décidé à ne plus la quitter, Corso se remaria et fut père de famille, Burroughs accepta même de devenir professeur… .

TGW

Matisse dans la ville du Détroit

matisse-baie-de-tangerQuand le peintre débarque à Tanger en 1912, il est déjà sensibilisé à la luminosité du ciel tangérois grâce aux écrits que lui envoie Marquet. Lors de ce premier séjour, Matisse n’a que peu l’occasion d’apprécier le ciel bleu de Tanger. II pleut à verse une grande partie du séjour. Matisse redécouvre la ville quelques mois plu tard à son deuxième voyage qui se déroule entre novembre 1912 et février 1913…

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