Sous les voiles de Casa Barata…

A Tanger Casa Barata est un lieu mythique. Sorte de marché aux puces fréquenté chaque jour par les tangérois, Casa Barata  n’est à priori  pas le genre de quartier dont les guides touristiques se font habituellement l’écho. Pourtant, que l’on soit chineur ou tout simplement curieux, c’est une expérience étonnante qui vous attend dans les dédales du « Derb Ghallef » de Tanger. Prononcer « Débralef »…


Situé dans le quartier populaire du même nom, c’est le « bidonville commercial » de Tanger. C’est le lieu de toutes les découvertes, le marché géant où l’on peut dénicher d’improbables trésors au milieu du chaos et des objets cassés.

L’appellation « marché » n’est pas tout à fait adéquate, marché au puces non plus, ni même celle de bazar; c’est un peu tout cela à la fois et rien de cela. « Joutia » est le plus adapté. Casa Barata, nom à consonance espagnole, et pour cause : la « casa » étant la maison et « barata » bon marché, c’est le bazar de l’informel, l’endroit où se côtoient à merveille le vintage, le récent, le loufoque, l’insolite…

Impossible au premier coup d’œil d’en mesurer l’étendue ni d’imaginer la foule qui se presse dans la multitude de commerces. Une véritable caverne d’Ali Baba. Cet immense désordre dans lequel on peut se promener pendant des heures est paradoxalement organisé, structuré : des ruelles destinées aux meubles, d’autres à la friperie, droguerie, menuiserie, quincaillerie, fer forgé, tissus, luminaires, épicerie, fruits et légumes secs, galeries d’ objets high-tech, marchandises d’occase ou de contrebande, DVD piratés, outillage divers, électronique/électroménager, matériel de construction … Tout échoue ici.

On peut faire de véritables affaires, dénicher l’objet rare pour une bouchée de pain et lui donner une seconde vie. Ainsi, Casa Barata a été le » relookeur officiel » du vieux cinéma Rif, construit en 1921 et ressuscité à la mode des années 1950 quand il est devenu La Cinémathèque de Tanger.

Les « fashionistas » sans grand moyen peuvent trouver leur bonheur en achetant des tissus bon marché et faire faire des modèles de robes ou autres accessoires à la mode. Les moins chanceux peuvent aller racheter leur iphone volé la veille. Enfin, les Gucci ou autre Prada ont leur représentation non officielle mais certes bien reproduite chez les opticiens de Casa Barata. Sinon, ce ne serait pas un vrai bazar…

C’est un méli-mélo, qui constitue une véritable rupture avec la ville dans son tissu urbain, où se jonchent formel et informel, ordre et désordre, anarchie et contrôle… tout y passe.

Une fois les emplettes faites, pas d’inquiétude si vous avez déniché le meuble de vos rêves, les « petits honda » attendent sagement devant le souk pour le transport. Mais aussi, les grands et petits taxis pour ceux qui rentrent bredouilles.

Casa Barata le tremplin social, Casa Barata le symbole de l’espoir est un haut lieu de la vie Tangéroise. C’est l’endroit où il faut se rendre pour faire des bonnes affaires, pour chiner, pour tomber sur des pièces rares ou tout simplement pour survivre et s’acheter des produits alimentaires, à des prix imbattables défiant toute concurrence. Casa Barata est donc l’écrin d’une cohésion et d’une mixité sociale hors du commun, où le riche achète son smart phone et le pauvre, à ses côtés, nourrit sa famille.

Avec le boom immobilier, Tanger connait depuis plus de 10 ans le plus fort exode rural du Maroc, et ses bidonvilles ne cessent de se développer. C’est une population pauvre et démunie qui arrive en ville, avec des rêves pleins la tête, et la Joutia est leur terrain de prédilection … plus , leur espoir. Mais Casa Barata arrive à la limite de son étalement horizontal, s’arrêtera t-elle pour autant de s’étendre ? Rien de bien sûr.

Un projet démarre sur l’hypothèse que dans un futur proche, par nécessité et non par choix, le cycle de résilience de la Joutia (qui commence par un vendeur d’étale et finit par sa sédentarisation) trouvera une issue et une réponse dans la verticalité.

L’idée est de profiter de la forte fréquentation de Casa Barata, et d’y injecter des programmes culturels qui seront les catalyseurs d’une future verticalité, en réinterprétant la notion de rue commerçante à la verticale. Multi-centralité et multifonctionnalité sont au centre du projet, avec des commerces diversifiés, des logements, et un espace dédié à l’exposition d’un art naissant au Maroc qui prend une grande envergure, et qui prend tout son sens à Casa Barata: le pop art / street art. « La rue est le plus grand défilé au monde » – Joseph Ouechen, artiste marocain issu des bidonvilles de Casa, reconnu à l’échelle internationale – Enfin, le projet qui est de l’ordre de la mégastructure, se veut comme un signal d’appel dans la ville, comme une tentative de formalisation de l’informel, comme un espoir pour une population mise à l’écart, écrasée par ‘l’économie de marché’.

Casa Barata. A 15 minutes du centre ville de Tanger. Prenez un petit taxi pour vous y rendre…

TGW

Photos de Bernard Moutin, à voir…

4 Responses to "Sous les voiles de Casa Barata…"

  1. genevieve brichet  27 septembre 2013 at 9 h 30 min

    un bel hymne à Casabarata qui va donc devenir l’équivalent de nos friches industrielles où le quotidien devient art!

    Répondre
  2. genevieve brichet  27 septembre 2013 at 9 h 30 min

    un bel hymne à Casabarata qui va donc devenir l’équivalent de nos friches industrielles où le quotidien devient art!

    Répondre
  3. Bernard Moutin  28 septembre 2013 at 11 h 46 min

    D’autres photos de casa barata avec le lien :
    http://mes-dessins-perso.over-blog.fr/less-accumoncellements-de-casa-barata-%C3%A0-tanger

    Répondre
  4. Bernard Moutin  28 septembre 2013 at 11 h 46 min

    D’autres photos de casa barata avec le lien :
    http://mes-dessins-perso.over-blog.fr/less-accumoncellements-de-casa-barata-%C3%A0-tanger

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