"Goodbye Morocco": tentative de film noir à Tanger

Persona non grata en Algérie, où remontent ses origines, le trublion Nadir Moknèche, auteur de portraits de femmes politiquement et moralement inconvenants (Le Harem de Madame Hosmane en 2000. Viva Laldjérie en 2004…) est cette fois allé filmer au Maroc, à Tanger.

Il y installe la belle Lubna Azabal façon héroïne de film noir, femme humiliée et mère meurtrie tissant la toile de sa vengeance. Séparée de son mari (on ne verra jamais le personnage), on lui a retiré la garde de son enfant. Promotrice immobilière, le chantier qu’elle dirige en compagnie de son amant serbe révèle l’existence de trésors archéologiques chrétiens.

Voyant l’intérêt qu’elle peut tirer de cette découverte, elle se lance dans un juteux trafic, dans l’espoir de quitter rapidement le pays en compagnie de son amant et de son fils, dont elle prépare l’enlèvement. La disparition d’un ouvrier, la jalousie de son chauffeur, une relation d’enfance qui l’aime en secret, et ce qu’il faut de malchance feront tourner ses plans à la tragédie sanglante.

Par amitié pour le cinéma de Nadir Moknèche, par empathie pour la séduisante tentative de Lubna Azabal, on voudrait terriblement y croire. Le film sent trop la fabrication pour qu’on y parvienne. Trop de personnages, trop de caractères sacrifiés et falots, trop d’histoires entremêlées, trop de dossiers sensibles (la femme arabe, l’homosexualité, l’immigration d’Afrique noire, les rapports de classe, l’aliénation coloniale…) jetés en pâture au spectateur, selon une pure logique d’accumulation, laquelle dessert le récit, évoquant quelque secrète panique.

Reste l’ambition d’un projet entrevu et quelques belles scènes qui nous feront espérer dans le prochain film de Nadir Moknèche.

Par Jacques Mandelbaum – Le Monde

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Synopsis

Dounia, divorcée, un enfant, vit avec un architecte serbe à Tanger. Une liaison scandaleuse aux yeux de la famille marocaine.
Le couple dirige un chantier immobilier où le terrassement met à jour des tombes chrétiennes du IVème siècle, ornées de fresques. Dounia se lance alors dans un trafic lucratif, espérant gagner très vite de quoi quitter le Maroc avec son fils et son amant. Mais un des ouvriers du chantier disparaît…

NADIR MOKNÈCHE

Longs métrages :
2012 • Goodbye Morocco
2007 • Délice Paloma
2004 • Viva Laldjérie
2000 • Le Harem de Mme Osmane
Courts métrages :
1995 • Jardin
1994 • Hanifa

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