« Les couleurs du temps », à la Fondation Aron de Tanger.

La Fondation pour la Photographie de Tanger de Françoise et Daniel Aron propose une exposition très singulière sur la photo noir et blanc colorisée sur le thème « Les couleurs du temps » du 7 juin au 30 novembre couvrant une période de 1860 à 2022.

La photographie colorisée est comme la poursuite d’un rêve. Un rêve en noir et blanc qu’on aurait recouvert de couleurs. Elle convoque un temps perdu ou imaginé, pour mieux confondre le songe avec le réel, inventer une réalité idéale ou faire revivre des êtres chers. Par le truchement de la peinture, la photographie colorisée interroge notre rapport au temps.

tanger-experience - le web magazine de Tanger - Les Couleurs du Temps - Fondation Aron
Photographie donation Lorin

Depuis l’apparition de la photographie, les inventeurs de cette discipline se sont évertués à trouver le moyen de reproduire les couleurs de la nature, le noir et blanc étant finalement une esthétique adoptée « faute de mieux ». Même si plusieurs tentatives de photographies en couleur ont vu le jour depuis 1855, fixer durablement les nuances colorées sur un support demeurait une grande difficulté. Dès lors la photographie n’eut de cesse de retrouver sa soeur aînée, la peinture, qu’elle concurrençait depuis sa naissance, ouvrant la voie à une union à la fois pratique et artistique.

La photographie colorisée devint rapidement une technique très populaire, car empreinte de réalisme et peu coûteuse. Elle fut adoptée dans toutes les contrées où avait pénétré la photographie, et fut très usitée autant en Occident qu’au Maghreb ou en Asie.

tanger-experience - le web magazine de Tanger - Les Couleurs du Temps - Fondation Aron pour la photographie à Tanger

Utilisant des techniques picturales diverses telles que la peinture à l’huile, l’aquarelle, le crayon ou le pastel, la colorisation des photographies n’était pourtant pas une démarche artistique à part entière, mais plutôt une étape finale de recouvrement de l’image. Réalisée par une équipe dédiée dans les studios de photographie, elle tendait à ennoblir les portraits et embellir les paysages. Bien que considérée comme peu sophistiquée par les puristes, la photographie colorisée a paradoxalement contribué à étendre le statut de l’image photographique, la rapprochant du médium de la peinture.

L’exposition « Les Couleurs du Temps » présente plusieurs exemples d’exception de ces photographies colorisées, depuis les vues du Japon des années 1860 en passant par les costumes chatoyants de Syrie immortalisés par Ludovico Wolfgang Hart peu de temps après, et surtout un grand ensemble de portraits tangérois des années 1960, issus de studios photographiques aujourd’hui disparus.

tanger-experience - le web magazine de Tanger - Les Couleurs du Temps - Fondation Aron pour la photographie à Tanger
Photographie de Youssef Nabil

A ces techniques anciennes répondent des créations contemporaines qui s’inspirent de cette esthétique surannée. Jan Saudek compose des mises-en-scène sensuelles qui évoquent le romantisme du 19e siècle. Hélène Bellenger file la métaphore de l’art du faux en récréant les artifices des portraits d’actrices des années 1920 à 1950. Aussi inspirés par l’âge d’or du cinéma, les songes néo-orientalistes de Youssef Nabil font écho aux polaroids peints de Flore en Egypte. La série d’Un été sans fin déroulée par Irène Jonas fait appel aux souvenirs intimes, tout comme les photographies de famille de Rima Samman qu’elle re-colorise par ordinateur. Ce temps familial recomposé se retrouve dans les cyanotypes aquarellés d’Aassmaa Akhannouch, tandis que la peintre et photographe Amina Benbouchta entretient le mystère de sa mythologie personnelle.

Marie Moignard, commissaire de l’exposition.

 

Tout savoir sur les artistes de l’exposition >>> Biographie des artistes

Fondation pour la photographie de Tanger
tanger-experience - le web magazine de Tanger - Les Couleurs du Temps - Fondation Aron235 Route Sidi Masmoudi (la Vieille Montagne)
90400 Tanger – Maroc
Tel: +212620529438
Entrée : Adultes 25 Dhs. Gratuit pour les enfants de moins de 15 ans et les étudiants sur présentation de leur carte d’étudiant.
Tous les jours de la semaine de 10h30 à 18h00 sauf le dimanche et lundi

 

 

Portraits Tangérois, une donation de Philippe Lorin.

tanger-experience - le web magazine de Tanger - Les Couleurs du Temps - Fondation Aron
Photographie donation Lorin

Il était une fois une petite boutique de brocante rue du Prince Héritier, comme il y en avait encore beaucoup il y a 30 ans. J’y passais régulièrement pour, parfois, y glaner un objet, une vieille carte postale, ou autre…

Un jour pluvieux de Novembre, en m’attardant un peu dans la boutique pour laisser passer l’averse, je découvre qu’un escalier à peine visible mène à un sous-sol. Je demande au propriétaire s’il y a des choses à y voir. Il me répond que non, rien d’intéressant. J’insiste quand même pour y descendre. Il se lève de sa couche (il était presque grabataire) et, en traînant des pieds, va tourner un interrupteur de céramique comme on n’en fait plus. Je descends un escalier raide pour me retrouver dans un sous-sol poussiéreux éclairé d’une barre de néon. Là, rien que des meubles cassés des fragments de poteries des radios hors d’usage, des téléviseurs hors d’âge et des porcelaines ébréchées.

tanger-experience - le web magazine de Tanger - Les Couleurs du Temps - Fondation Aron pour la photographie à Tanger
Photographie donation Lorin

Juste avant de remonter au pied de l’escalier je remarque une pile de contreplaqués tous du même format. Je retourne le premier et je comprends de quoi il s’agit. Je remonte le tout et dix minutes plus tard après le marchandage d’usage je repars avec une cinquantaine de ces portraits colorisés que vous découvrez aujourd’hui.
Rentré chez moi, je les examinais en détail et ils racontaient plein de chose, entre autres : la fierté de celui qui pose avec son militaire de fils, la méchanceté de celle qui pose devant les fleurs, la fatuité d’un haut fonctionnaire ou la timidité d’une jeune fille.

Cette technique de colorisation des photos noir et blanc était chose commune en Egypte mais c’est la toute première fois que je voyais cela au Maroc.

J’aime beaucoup la photographie, j’aime Avedon, Penn, Capa , Salgado, Koudelka, Cartier Bresson bien sûr, pour ne citer que ceux-là ; j’ai eu la chance de côtoyer Jean-Loup Sieff, Frank Horvat, William Klein et Daniel Aron mais aussi beaucoup d’autres moins connus. Pour autant, je ne suis pas collectionneur. C’est pourquoi il m’a semblé que ces personnages devaient sortir de leur placard.

En leur donnant une nouvelle vie, La Fondation pour La Photographie donne célébrité à tous ces anonymes. Mais, qui sait, peut-être certains visiteurs y reconnaîtront qui une tante, qui une voisine, ou qui encore un commissaire de police ou un gouverneur?

Philippe Lorin

Leave a Reply

Your email address will not be published.